Que faire avec des myrtilles : le fruit premium
« La myrtille n’est pas simplement un fruit de cueillette — c’est une matière première d’exception qui, bien travaillée, peut transformer une exploitation en véritable maison de produits d’élite. »
Quand un producteur me parle de ses myrtilles, je commence toujours par lui poser la même question : est-ce qu’il vend un fruit, ou est-ce qu’il vend une histoire ? Cette distinction, aussi simple qu’elle paraisse, est au cœur de tout ce que j’ai observé sur le terrain depuis quinze ans. La myrtille est l’un des rares fruits qui bénéficie d’une image naturellement valorisante, associée à la santé, à la nature sauvage, à une certaine idée du bien manger. Il serait dommage de ne pas en tirer parti.
Pourtant, la majorité des producteurs que j’ai rencontrés lors de mes années à la chambre d’agriculture se contentaient de vendre en frais, souvent en circuits courts, avec des marges fragiles et une dépendance absolue au calendrier de récolte. La transformation — même modeste — change radicalement l’équation économique et commerciale. Encore faut-il savoir par où commencer, et surtout, comment positionner ses produits pour qu’ils trouvent leur juste valeur sur le marché.
Dans cet article, je vous propose de parcourir ensemble les grandes pistes de valorisation de la myrtille à la ferme : du positionnement haut de gamme aux transformations les plus intéressantes en termes de valeur ajoutée, en passant par le séchage et l’univers des superfoods. Ce sont des sujets sur lesquels j’ai accompagné des producteurs concrets, avec des résultats tangibles — et parfois aussi quelques désillusions qu’il vaut mieux anticiper.
🫐 La myrtille, un fruit naturellement positionné vers le haut de gamme

Ce qui est remarquable avec la myrtille, c’est qu’elle n’a pas besoin d’être artificiellement élevée au rang de produit premium — elle y est déjà, dans l’esprit du consommateur. Sa couleur profonde, sa finesse aromatique, son association avec des paysages de montagne ou de landes préservées : tout concourt à en faire un fruit perçu comme rare et précieux. C’est un capital d’image que peu d’autres fruits possèdent à ce degré.
Dans mon expérience, le positionnement haut de gamme ne se décrète pas — il se construit à travers une cohérence entre le produit, l’histoire du lieu, et la manière dont on le présente. J’ai accompagné des producteurs qui vendaient leurs myrtilles dans des barquettes génériques au marché local, et d’autres qui avaient pris le temps de soigner leur identité visuelle, de raconter leur terroir, de jouer sur la typicité de leurs variétés. Les seconds accédaient à des circuits et à des prix que les premiers ne pouvaient même pas envisager.
Les stratégies de positionnement haut de gamme dans l’agroalimentaire reposent sur plusieurs piliers cohérents : la qualité intrinsèque du produit, la différenciation par rapport aux références industrielles, et un marketing qui valorise les attributs premium. Pour la myrtille, cela signifie concrètement : mettre en avant l’origine géographique précise, la méthode de culture (agriculture biologique, cueillette raisonnée, variétés anciennes), et investir dans un packaging qui soit à la hauteur de l’ambition.
Avant de vous lancer dans la transformation, faites l’exercice de définir clairement votre client cible. Un épicerie fine en ville, un restaurant gastronomique, un magasin bio — chacun de ces débouchés a ses propres exigences en termes de présentation, de volumes, et de prix. Un positionnement haut de gamme réussi commence toujours par une bonne connaissance de l’acheteur que vous visez.
🏺 Les transformations à forte valeur ajoutée
La myrtille se prête à une palette de transformations particulièrement étendue. C’est là que réside la vraie liberté du producteur : en sortant du seul marché du frais, vous devenez acteur de votre propre valorisation, vous lissez votre trésorerie, et vous touchez des marchés qui ne sont pas accessibles en vente directe de fruit.
Parmi les transformations que j’ai observées avec les meilleurs résultats économiques, on trouve les confitures et gelées artisanales, les coulis et purées de fruits, les sirops, les vinaigres aromatisés, et bien sûr les préparations à destination de la pâtisserie professionnelle. Ce qui distingue une transformation à forte valeur d’une simple mise en pot, c’est le soin apporté à chaque étape : la sélection de la matière première, la maîtrise des procédés, et la présentation finale du produit.
J’ai accompagné des producteurs qui avaient investi dans un petit atelier de transformation labellisé, et qui proposaient des coulis de myrtilles sauvages à destination des restaurants étoilés. La démarche prend du temps — entre la mise en conformité réglementaire, les tests de recettes, et le démarchage des chefs — mais les marges dégagées sur ces produits transformés sont sans commune mesure avec ce que permet la vente en frais.
La transformation alimentaire à la ferme est encadrée par des réglementations sanitaires précises. Avant tout investissement dans un atelier, renseignez-vous auprès de votre direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations (DDCSPP). Une déclaration d’activité ou un agrément peuvent être nécessaires selon les produits et les volumes envisagés.
Les recherches et développements autour de la myrtille ouvrent également la voie à des transformations plus innovantes : extraits concentrés, poudres lyophilisées, préparations fonctionnelles pour le secteur de la nutrition sportive ou de la complémentation alimentaire. Ces filières sont encore peu accessibles au producteur seul, mais des coopératives et des groupements de producteurs commencent à les explorer avec des partenariats industriels ciblés.
| Type de transformation | Positionnement marché |
| Confiture / gelée artisanale | Épiceries fines, marchés premium, vente directe |
| Coulis et purées de fruits | Restauration gastronomique, pâtisserie professionnelle |
| Sirop artisanal | Circuits bio, cavistes, restaurants |
| Myrtille séchée | Épiceries bio, marché des superfoods, snacking santé |
| Poudre lyophilisée | Nutrition sportive, compléments alimentaires |
☀️ Le séchage : une transformation accessible et valorisante

Parmi toutes les transformations que j’ai vu mettre en place à la ferme, le séchage est probablement celle qui offre le meilleur rapport entre accessibilité technique et potentiel de valorisation. Il ne demande pas d’atelier sophistiqué, les investissements en équipement restent raisonnables à l’échelle d’une exploitation familiale, et le produit obtenu — la myrtille séchée — répond à une demande de marché en progression régulière.
Le principe est simple : sous l’action d’une chaleur douce et maîtrisée, la myrtille perd une grande partie de son eau, ce qui concentre ses arômes et ses composés nutritionnels. Le résultat est un fruit stable, facile à stocker, à transporter, et à commercialiser toute l’année — trois avantages considérables pour un producteur dont la récolte est concentrée sur quelques semaines en été.
La qualité du séchage dépend de plusieurs facteurs : la maturité initiale des fruits, la température et le temps de séchage, et bien sûr la qualité du matériel utilisé. Un déshydrateur professionnel à basse température permet de travailler entre 40 et 55°C, ce qui préserve mieux les propriétés organoleptiques et nutritionnelles du fruit qu’un séchage à haute température. J’ai vu des producteurs partir de matériels d’entrée de gamme et monter progressivement en capacité au fil des saisons — c’est une approche sage, qui permet de tester les débouchés avant d’investir massivement.
Une myrtille fraîche contient environ 85 à 90 % d’eau. Après séchage, le fruit perd la grande majorité de cette eau, ce qui signifie qu’il faut plusieurs kilos de myrtilles fraîches pour obtenir un kilo de myrtilles séchées. Ce ratio de transformation est un élément clé à intégrer dans votre calcul de prix de revient avant de fixer votre tarif de vente.
🌿 La myrtille dans l’univers des superfoods : une opportunité à saisir avec discernement
La myrtille figure régulièrement dans les listes de superfoods publiées par les médias spécialisés en nutrition, aux côtés du goji, de l’açaï ou du curcuma. Cette association est un atout commercial indéniable, mais elle mérite d’être abordée avec la prudence qui s’impose.
Sur le plan scientifique, la notion de « superfood » est discutée. Les spécialistes de nutrition s’accordent à reconnaître que la myrtille présente un profil nutritionnel intéressant — elle est riche en anthocyanes, des pigments végétaux qui appartiennent à la famille des antioxydants — mais les allégations de santé très ciblées restent soumises à une réglementation stricte en Europe. Un producteur ne peut pas apposer sur son emballage des formulations du type « réduit le risque de maladies cardiovasculaires » sans que cela soit autorisé par les instances européennes compétentes.
Ce que vous pouvez faire en revanche, c’est positionner votre produit dans l’univers du « bien manger », de la naturalité, de la richesse en pigments végétaux — sans entrer dans des allégations médicales. Les consommateurs qui s’intéressent aux superfoods sont des acheteurs sensibles au marketing de la naturalité et de l’authenticité. Ils sont prêts à payer un prix premium pour un produit dont ils perçoivent la valeur nutritive et l’origine traçable. C’est exactement le profil de clientèle vers lequel une myrtille séchée de qualité, bien présentée et bien racontée, peut se positionner.
En matière d’allégations nutritionnelles et de santé, le règlement européen CE n°1924/2006 encadre strictement ce que vous pouvez ou ne pouvez pas communiquer sur vos emballages et supports marketing. Avant toute communication sur les bienfaits de vos produits, consultez un spécialiste en étiquetage alimentaire ou votre chambre d’agriculture. Une allégation non conforme peut entraîner des sanctions et nuire à votre réputation.
Dans mon expérience, les producteurs qui réussissent le mieux dans cet univers ne sont pas ceux qui en font le plus sur leurs étiquettes — ce sont ceux qui ont construit une histoire cohérente autour de leur terroir, de leurs pratiques, et de l’authenticité de leur production. La plateforme numérique joue un rôle croissant dans cette démarche : un site internet soigné, une présence sur les réseaux sociaux qui montre les coulisses de la récolte et de la transformation, contribuent à renforcer la crédibilité et la visibilité de la marque fermière bien au-delà de ce que permettrait la seule distribution physique.
Questions fréquentes
1. Faut-il un agrément sanitaire spécial pour vendre des myrtilles séchées à la ferme ?
Cela dépend de vos volumes de production et de vos circuits de vente. Pour une vente directe au consommateur final (marché, à la ferme, boutique en ligne avec livraison directe), une simple déclaration d’activité auprès de la DDCSPP suffit généralement. En revanche, si vous souhaitez livrer des intermédiaires — épiceries, restaurants, grossistes — des règles supplémentaires peuvent s’appliquer. Renseignez-vous auprès de votre chambre d’agriculture ou de votre DDCSPP locale avant de vous lancer.
2. Est-ce que la myrtille sauvage se valorise mieux que la myrtille cultivée ?
La myrtille sauvage — Vaccinium myrtillus — bénéficie d’une image de naturalité et de typicité plus forte que la myrtille cultivée à grande échelle. Elle est généralement plus petite, plus aromatique, et plus richement colorée. Pour un positionnement haut de gamme, elle représente un argument authentique. Cela dit, elle est aussi plus difficile à récolter en grande quantité. La myrtille cultivée, selon les variétés et les pratiques culturales, peut elle aussi prétendre à un positionnement premium si elle est bien travaillée et bien racontée.
3. Le marché des superfoods est-il accessible à un petit producteur ?
Oui, à condition de rester réaliste sur ce que ce positionnement implique. Le marché des superfoods est très concurrentiel, dominé par des acteurs qui s’approvisionnent souvent à l’international à des coûts réduits. Votre avantage concurrentiel en tant que producteur local réside dans la traçabilité, l’origine certifiée, et l’histoire de votre exploitation — des valeurs que les consommateurs les plus exigeants de ce segment apprécient et pour lesquelles ils acceptent de payer davantage.
4. Quel est le meilleur circuit de vente pour des myrtilles transformées en haut de gamme ?
Il n’existe pas de réponse universelle, mais dans mon expérience, les épiceries fines indépendantes, les magasins spécialisés en produits biologiques, et la restauration gastronomique sont les circuits qui valorisent le mieux ce type de produit. La vente en ligne directe au consommateur final est également une piste intéressante, à condition d’investir dans une présentation soignée et une communication régulière sur votre démarche.
- La myrtille dispose d’un capital d’image naturellement premium qu’il convient de consolider par une démarche de positionnement cohérente entre produit, histoire et présentation.
- Les transformations à forte valeur ajoutée — confitures, coulis, sirops, myrtilles séchées — permettent de s’affranchir des contraintes du marché du frais et d’accéder à des circuits plus rémunérateurs.
- Le séchage est une voie d’entrée accessible dans la transformation, avec un investissement initial maîtrisable et un produit qui répond à une demande croissante toute l’année.
- Le positionnement dans l’univers des superfoods est une opportunité réelle, mais qui exige de respecter scrupuleusement la réglementation sur les allégations nutritionnelles et de santé.
- La communication digitale — site internet, réseaux sociaux — joue un rôle clé pour rendre visible et crédible une démarche de valorisation haut de gamme à l’échelle d’une exploitation familiale.
Ancien conseiller chambre d’agriculture, j’accompagne depuis 15 ans les producteurs dans leurs projets de transformation. Spécialiste de la valorisation des fruits, je partage ici mon expérience terrain.